Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

Un lézard chez les sisters

Extrait de mes carnets de voyage tenus aux Philippines d'avril à juillet 2011.

Hier après-midi j’ai rendu une visite aux 42 soeurs contemplatives de St Jean qui dominent la ville dans laquelle je vis. Un bol d’air et de silence sur les hauteurs, un peu plus près du ciel bleu…

Finalement je suis resté la nuit !

La finesse et le raffinement de petites âmes qui cherchent Dieu dans la beauté et la simplicité la vie.

J’ai été touché par ces jeunes femmes qui viennent de toute l’Asie pour se former et goûter au mystère de la vie monastique qui n’a cessé de tisser, siècle après siècle, la matrice de la culture européenne. Psalmodiant les offices en anglais, toutes les soeurs passeront par la France pour apprendre le français et fouler la terre mère de Marie Dominique Philippe, le fondateur de la communauté St Jean.

Le parfum de la bougie embaumant mon visage, j’ai pensé que rien ne valait la lumière chaleureuse et battante d’une flamme. Alors, dans l’inspiration du soir j’ai commencé à écrire…

Un lézard chez les sisters

Aux Philippines, le lézard est bien souvent le motif de tapisseries vivantes qui ornent les murs blancs.

La nuit tombée il cherche la lumière et vient pigmenter les cieux des maisons de sa présence discrète et animée.

Lorsque les estomacs travaillent et que la parole échangée prépare et annonce le naufrage de la nuit; le lézard est là; statique il ne rate pas une miette du pain partagé.

Ce soir, dans la chapelle perchée sur les hauteurs de Cebu les lumières s’éteignent. Les bougies du choeur battent, seules.

Le voile de la nuit est tombé;

Le soleil, ce grand révélateur des couleurs de la vie, a sombré tranquillement dans les montagnes.

Ici, dans le silence des hauteurs et le parfum de la cire quarante visages, pieds nus et têtes revêtues de blancs s’entretiennent avec l’astre des jours.

La nature est spontanée. C’est très certainement la raison pour laquelle un lézard tente d’approcher l’étoile du monastère par le toit de la chapelle. Entre deux bambous il se faufile et se positionne à la verticale de l’acteur principal, tout en laissant une distance raisonnable.

Désormais ébloui par les rayons de la scène toute embrasée de regards amoureux, l’animal à l’épiderme blanchâtre juge opportun de donner de la voix en gonflant ostensiblement son abdomen.

Mais après cinq ou six tentatives l’écho de la célébrité rêvée se dissipe dans la rumeur montante de la ville.

Le lézard s’imprègne alors de la douceur ambiante. Immobile, son corps indique une direction, celle vers laquelle convergent déjà les éclairs de tendresse de quatre-vingt veilleuses.

Avec ses pattes singulières il s’agrippe au mur et semble parfaitement à l’aise, faisant fi de la gravitation.

Un peu comme une bougie se consumant stabilise sa situation en versant quelques larmes translucides le long de ses parois;

Caressant sa robe éphémère, les gouttes de cire épousent dans le charme de l’instant la bien-aimée qui porte au péril de sa vie la flamme qui illumine.

Comme la traînée d’une chandelle embrasse et enlace le rocher sur lequel elle repose, les ventouses du lézard fusionnent avec la matière.

Et c’est ainsi que la nature tapisse notre quotidien et habitue pas à pas nos âmes au dynamisme de l’art que l’instant, dans une bouchée, exalte et efface tout à la fois.

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