Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

Tout l'or des hommes ne vaut plus rien !

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Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le "board" de l'IASB, organisme privé chargé par l'Europe et les Etats-Unis d'édicter un référentiel comptable mondial. Ses membres (majoritairement anglo-saxons) stipulent en effet que "l'entreprise doit désormais être envisagée comme un portefeuille d'actifs rééavaluables en fonction de l'évolution des marchés". Exit la gouvernance partenariale qui valorise l'équipe et le for intime de chacun pour bâtir une entreprise capable d'être profitable dans la durée.

Aveuglée par l'esprit mécanicien de l'époque, l'Europe a une fois de plus tiré sa révérance en enfouissant ses valeurs romaines et chrétiennes dans l'océan bleu du drapeau américain sur lequel flotte les étoiles.

 

Les investisseurs pressés semblent en réalité de plus en plus persuadés que l'argile humaine est un obstacle à l'accroissement rapide de leurs pyramides de dollars. Alors ils s'en débarrassent en imposant leur vision court-termiste au globe tout entier.

Le club d'experts en charge de la manipulation des normes comptables (IASB) est en train de modifier des pans entiers de nos Droits nationaux acquis pour la plupart à la sueur de fronts démocratiques et parfois même révolutionnaires. En diffractant le sens et la portée de certains chiffres, l'IASB pénètre dangereusement dans le code génétique de patries qui ont appris au fil de leur développement que la comptabilité est aussi l'algèbre du Droit.

 

C'est l'automne. Les feuilles rouges et or des arbres sont arrachées par le vent et viennent se poser, sans bruit, sur la terre froide de l'hiver approchant. La mondialisation a atteint la saison de l'automne. Elle dépossède les hommes de leurs richesses intérieures en imposant la logique des marxistes et des ultra-libéraux réunis pour l'occasion et qui clament avec ardeur que "c'est l'infrastructure qui crée la super-structure et la matière qui crée l'esprit".

Cette collusion de principe entre les tenants du capitalisme sauvage et les internationalistes rouges n'est pas le fait du hasard. Ces deux types de militants ne croient plus en l'homme. Ils ont cessé de penser que chaque être revêtait en lui-même une force vitale sacrée capable de vibrer d'enthousiasme au rythme de la fierté retrouvée.

 

Alors que du côté nature la saison de l'automne prépare un tapis naturel aux couleurs de l'or et du sang pour soutenir le pas de l'homme qui marche vers Noël, côté économique la saison de novembre déracine l'humain de ses attaches métaphysiques qui donnent un sens et un souffle à son travail.

 

La montagne de dollars n'a jamais été si haute ! Dans le jeu mondialiste qui ne fait plus sourire personne, la Chine et les Etats-Unis déstabilisent les équilibres fondamentaux de l'économie mondiale en jouant chacun dans son coin deux compositions d'envergure sur une note de paupérisation généralisée : le pays de l'Oncle Sam imprimant constamment des nouveaux dollars pour soutenir son marché intérieur, l'empire du milieu s'emparant des collines de devises nécessaires pour garder une monnaie dévaluée favorisant ses exportations.

Ultra-concurrentiels, la Chine et ses voisins asiatiques transfèrent petit à petit l'ensemble de l'outil industriel mondial dans leurs contrées, au "pays des droits de l'homme baffoués", les américains déversent leur monnaie de singe sur le monde entier, les européens, dindons de la farce, observent le spectacle de l'extérieur, la main droite tenant un kleenex, la main gauche mendiant quelques commandes aux autorités de Pékin.

 

Pour les accolytes du mondialisme il n'y a pas de raisons de s'affoler outremesure puisque de manière globale, l'indicateur de la "richesse" de la terre - le PIB mondial - augmente chaque année fortement. "Faites montre d'un peu de recul sur les choses" nous conseillent-ils depuis des années avec cette condescendance malvenue.

Ils feraient pourtant mieux de tourner leurs regards vers l'indicateur qui mesure la valeur du métal précieux ! Une once d'or vaut à ce jour 1366 dollars, soit 5 fois plus qu'en 2000. Que je sache ni le PIB de la Chine, ni celui des Etats-Unis et encore moins celui de l'Europe et de la France n'ont été multipliés par 5 ! Traduit en onces d'or le PIB mondial décroit donc fortement.

 

Cette réalité de marché fait transparaitre et briller (une fois n'est pas coutume) le caractère palpable de l'impasse économique et sociale dans lesquelles fait plonger une idéologie qui refuse de considérer chaque homme comme un trésor.

Transposez à l'infini un raisonnement humain fondé sur la marchandisation de ses capacités, vous arriverez inévitablement à un résultat aussi morbide que les causes qui l'ont amené : la mort des échanges, et donc la mort de l'homme.

 

aventnoel.jpgCes mots tristes font résonner en mon coeur la réaction et l'expression pétillantes d'une jeune étudiante, lisant il y a quelques jours, par dessus mon épaule, ce que mon crayon noircie sur une feuille blanche chargée de compiler quelques pensées d'espérance dans le "hall d'une fac post-grèves" :

"La fièvre de la jeunesse maintient le monde à la bonne température."

 

La prose de Bernanos a mis des étoiles dans les yeux d'une jeune femme. Gageons que notre génération accrochera son destin à l'étoile de l'esprit qui habite en chacun comme les rois-mâges ont su le faire en d'autres temps, après l'hiver...

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