Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

Les pauvres : salut du temps mécanicien ?

main.jpgHier soir, en me rendant sur Paris en RER, au détour d'une lecture bernanosienne* j'ai été saisi par les quelques lignes que je vous livre ci-dessous. Je les trouve d'une actualité brûlante. Les mots sont encore tièdes, les virgules et les accents sont incandescents. Le temps mécanicien des pixels et des machines n'est pas parvenu à percer le mystère des dentelles de l'amour.

Les pauvres que notre pays met à notre disposition sur notre chemin quotidien ne sont-ils pas là pour nous le rappeler et nous éclairer. Peut-être que l'esprit de notre temps nous pousse à leur tendre une main fragile, une main qui mendie un peu de pain, quelques notes d'espérance et une once d'amour.

 

" Le monde vit beaucoup trop vite, le monde n'a pas le temps d'espérer.

La vie intérieure de l'homme moderne a un rythme trop rapide pour que s'y forme et mûrisse un sentiment si ardent et si tendre, il hausse les épaules à l'idée de ces chastes fiançailles avec l'avenir.

L'idée de Guillaue d'Orange qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre est mille fois plus vraie que ne le croyait sans doute ce grand homme. L'espérance est une nourriture trop douce pour l'ambitieux, elle risquerait d'attendrir son coeur. Le monde moderne n'a pas le temps d'espérer, ni d'aimer, ni de rêver.

Ce sont les pauvres gens qui espèrent à sa place, exactement comme les saints aiment et expient pour nous. La tradition de l'humble espérance est entre les mains des pauvres, ainsi que les vieilles ouvrièrent gardent le secret de certains points de dentelles que les mécaniques ne réussissent jamais à imiter."

(G. Bernanos - Les enfants humiliés, journal 39-40)

 

* Georges Bernanos est un écrivain français de la première partie du XXème siècle.

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