Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

Le théâtre des opérations de la vie : un champ de bataille

Extrait de mes carnets de voyage tenus aux Philippines d'avril à juillet 2011.

La nuit est déjà bien sombre. Une simple bougie parfumée à la citronnelle bat la cadence de la lumière sur la petite table du salon. Les autres volontaires sont déjà allongés. Après le visionnage du film de la soirée – Le Royaume – je me plonge dans mes pensées.

Une histoire de plus sur l’horreur du terrorisme, les intérêts pétroliers et les stratégies militaires… Classique mais excitant! La vie du monde peut être si souvent vue comme un vaste champ de bataille. Je pense à la place laissée aux fleurs sur cette terre foulée par nos bottes et nos âmes imparfaites.

Le découragement vient si régulièrement fredonner à nos coeurs le chant morne et lugubre de la désespérance, qu’on ne voit plus les pétales caressés par la brise.

Nos villes françaises sont si chastement préservées des déchets qu’elles produisent, qu’on ne voit plus que les imperfections et les salissures.

Nos émotions partagées sont si habilement exemptées du brouhaha de la vie intérieure qui explose, qu’on ne perçoit chez l’autre que le pâle reflet d’une existence subie.

On refuse de voir que notre être lui-même est entraîné au coeur d’un champ de bataille incontournable. On ouvre les yeux et l’on ne regarde que la prison de notre espace sécurisé. On ferme les yeux et l’on s’accroche à la muraille psychologique de la superficialité. Sans rentrer en soi-même.

En fait on ne voyage pas, on construit des murs. Plus ou moins colorés certes! En gérant notre existence on ne communie plus à la folie des jours qui se succèdent. On les normalise. On les débaptise.

Ici aux Philippines, les trottoirs sont sales, les jeeps crachent leurs fumées noires, les rats se baladent, et les affiches sont mal collées. La circulation est « bordélique »… Dans un coin de rue, un homme astique sa moto recouverte de poussière. Un autre balaie sa devanture de sari-sari. Ils recommencent plusieurs fois par jour. Une fleur pousse sur le bitume, seule. Les apparences ne semblent pas compter. Ici sur les artères de Cebu on ne triche pas, la propreté n’est jamais généralisée, elle est suggérée par endroit. La pluie tombe et une tâche est emportée par le torrent de l’or bleu.

Ainsi lorsque je marche dans la rue, je vois les sourires et les larmes qui ressortent. Je m’émerveille devant les oasis de verdures. J’admire le travail du balayeur qui devra recommencer dans une heure.

J’aime poser mon regard sur ce vaste champ sans limite aux arômes à la fois macabres et éternelles. Il dit quelque chose de ma vie intérieure. Il dit quelque chose de mon théâtre des opérations personnel. Une guerre a été déclarée en moi par le feu de l’amour qui consume. A quoi cela me servirait de vouloir habiller l’extérieur si l’intérieur ne reconnaissait pas d’abord le combat qui s’y déroule?

La flamme de la bougie m’accompagne toujours. Je vais à présent la souffler pour l’attirer dans ma ville toute éteinte. Histoire de conter mes dernières émotions à la cité sainte de ma vie; celle qui s’apprête à plonger dans le sommeil…

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