Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

La bombe à retardement de la Littérature

petite_tailleuse.jpgHier soir, avant que le sommeil ne vienne rejoindre la fatigue de la semaine, j'ai découvert un film qu'un ami bien attentionné avait déposé sur mon disque dur il y a quelques mois (merci Louis). Il y a des soirs où l'on est attiré par un titre de film comme l'on est aspiré par le charme d'un paysage ou la beauté d'une femme. C'est charnel vous ne pouvez pas l'expliquer. Une terre a des parfums et des sonorités. De mes racines tourangelles, je me délecte de la douceur de ses cours d'eau et je goûte au romantisme de ses pierres. J'esquisse même un sourire intime lorsque l'on évoque, dans les soirées parisiennes ou les revues littéraires, le nom du peintre en littérature du XIXème siècle. Ce dimanche, c'est l'écran de mon ordinateur qui transpire la Touraine : "Balzac et la petite tailleuse chinoise."

 

Il y a tout dans ce titre : mes racines, la mondialisation, le pauvre, la notion sensible de "grandeur" et de "petitesse"... Il y a tout pour questionner l'être du XXIème siècle. Il y a en filigrane, caché derrière les mots, la grande question sous-jacente de l'humanité qui traverse les siècles et qui devrait surpasser toutes les autres : quelle civilisation voulons-nous construire pour guider nos pas et ceux de nos enfants sur des chemins de liberté ?

 

Ce film retrace l'itinéraire de deux jeunes chinois d'une vingtaine d'années durant la "révolution culturelle" de leur pays de 1966 à 1976. Ils sont envoyés en camp de rééducation dans les montagnes de la province du Sichuan pour gommer leur pensée "réac" et effacer leur sensibilité culturelle tournée vers la "littérature étrangère" et la musique classique de Mozart et Beethoven. Ainsi le régime de Mao espère en faire de bons "paysans révolutionnaires" sans autres références que celles de l'esprit communiste.

 

Mais Dai et Luo vont aller à contre-courant. Tandis qu'ils émerveillent les autres "rééduqués" et leur chef en jouant des morceaux de violon ils vont mettre la main sur une valise remplie de "bouquins étrangers" : Le père Goriot, Le rouge et le noir, Madame Bovary... Un véritable trésor qu'ils vont partager avec une petite couturière inculte dont ils tomberont au fur et à mesure sous le charme. Durant des heures, ils feront la lecture de ces pages venues de France, comme providentiellement chargées de transmettre le virus contagieux et enthousiasmant du mystère de la beauté, de la grâce et de la liberté.

 

La petite tailleuse est éprise par les mots et la précision descriptive de Balzac. C'est son préféré. Ses écrits la font plonger dans un monde qu'elle a soif de découvrir; ses vues s'élargissent au contact de sa prose.

Un matin, elle décidera de prendre le large et quittera ses deux amis.

 

Il est des puissances qui ne se mesurent pas à l'aune de nos petites vues restreintes de bons disciples de l'esprit de marché et du socialisme ambiant. Les réalités charnelles nous gardent des temporalités closes de l'idéologie...

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