Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

L'euro ou l'armoire à glace d'une Europe sans âme ni désir

francDans quelques jours, mon école entamera sa "semaine des arts". Un évènement annuel qui vise à mettre en exergue les différents talents qui sommeillent dans les tripes des étudiants. Une excellente initiative certes, mais qui ne parvient pas à se soustraire à l'esprit du temps qui jette notre monde (haï?) dans les bras virtuels d'un futur orné d'un talisman qui éloigne nos regards du présent.

Le thème sera : "le 22ème siècle". A peine sommes-nous entrés dans le XXIème siècle que déjà certains rêvent d'en finir avec cette réalité complexe qui effraie les esprits étroits, bouleverse les chantres du consensus et tétanise les pourfendeurs de vérités.

André Malraux affirmait il y a quelques décennies que "le XXIème serait spirituel ou ne serait pas". Certains de nos contemporains semblent avoir pris acte de leur déni métaphysique et choisissent de nier l'existence du siècle en se projetant dans le prochain. D'autres s'entêtent à rester dans le précédent en refusant de constater l'évolution du monde. C'est le cas des européistes qui construisent actuellement l'Europe.

Les tenants de cette "espèce" en voie d'éclatement n'ont visiblement pas digéré l'hérésie du marxisme du siècle dernier puisqu'ils s'attellent maintenant à l'adapter au libéralisme sans frontière. Leurs actions s'enracinent dans un credo du "il faut aimer" qu'ils substituent avec froideur à la foi chaleureuse héritée du christianisme qui invite les hommes à "vouloir aimer".

Ainsi, ils inversent l'ordre des choses en privilégiant l'infrastructure au for intime, l'imposition à la coopération, la centralisation à la subsidiarité, le nomadisme au patriotisme, ou encore l'uniformité à la pluralité.

Pas étonnant dans ce cas que leur "Europe" s'attire les scepticismes et les rejets des européens. Nos peuples ont du goût pour les projets de civilisation, pas pour les empires sans âme.

Pour les européistes, l'amour des autres peuples passe par l'effacement des patries et la fin de nos soi-disant égoïsmes nationaux. Alors, l'on abandonne nos PME dans la jungle du commerce mondial en bannissant toute forme de protectionnisme raisonnable; l'on verse chaque année 20 milliards d'euros à Bruxelles pour acheter la reconnaissance des autres pays européens; l'on troque nos monnaies nationales contre un instrument monétaire obscur censé nous apporter "la croissance et le plein-emploi".

L'euro a envahi tous nos portefeuilles. L'euro, on le touche chaque jour, on le frotte, on le fait glisser entre ses doigts, on le donne, on le reçoit, on en parle. L'euro c'est le prix de notre baguette... l'euro brille sur le comptoir des transactions, mais l'euro ne brille toujours pas dans les yeux de l'européen. L'euro sonne faux, la greffe n'a pas pris. Le cheval de Troie ne sait sourire qu'avec cynisme à la cité qu'il vient visiter; les habitants l'observent mais ne percent son mystère que lorsqu'il révèle ses plans véritables.

Au regard de la disparité de nos économies nationales, et selon les plus grands défenseurs de la cause de l'euro, la survie de la monnaie européenne est liée à la mise en place d'une solidarité quasi-héroïque de l'ensemble des Etats la partageant. Et c'est là que le paradoxe de l'Europe prend toute sa saveur !

Quel pays aisé de la zone euro serait prêt à sacrifier une grande partie de sa richesse pour un instrument politique au service d'une Europe sans désir ni projet de civilisation ?

Quelle patrie d'Europe voudrait lier son sort encore plus intimement à d'autres patries qu'elle suspecte avec amertume d'être responsables de leurs situations économiques défectueuses ?

Quel pays pourrait faire pleinement confiance à des injonctions bruxelloises qui dans le même temps ne se soucient guère de la protection sociale de nos salariés ?

La crise que connaît l'euro était prévisible dès la genèse de son histoire. Depuis, l'Europe s'est entêtée dans ses seuls raisonnements structurels sans se soucier une seule seconde que c'est le sentiment d'appartenance qui crée la volonté et la solidarité sans faille.

Les déclarations jusqu'au boutiste aux allures de méthode Coué du ministre français du Budget, François Baroin, n'y pourront rien. Les marchés ne semblent plus y croire. Les français n'y ont en fait jamais cru.

Il est trop tard, l'euro est condamné. Ouvrons les yeux, l'Europe est plus qu'un instrument sans saveur c'est une addition de patries chéries, une civilisation et un mode de vie.

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