Le chant des étincelles

Le chant des étincelles

Tout commence dans la petite patrie intérieure

Au ciné, à la télé : l'art de vivre chrétien fait un carton en France !

des-hommes-et-des-dieux" Vous êtes les branches, nous sommes les oiseaux."

Cette remarque sortie du coeur d'une villageoise de Tibhirine n'en finit pas de résonner dans les coeurs des 2,4 millions de spectateurs de l'actuel n°1 du box-office France : "Des hommes et des dieux" !

 

La femme s'adresse alors au moine médecin pour lui témoigner l'attachement de tout un village à sa communauté de frères. Menacée par un climat de tension de plus en plus irrespirable la communauté décide de rester dans son monastère pour vivre avec les gens du pays;

menacés parmi les menacés, inquiets parmi les inquiets, villageois parmi les villageois, l'attachement à une population, la fidélité à contre-courant, le service dans l'épreuve, le don de soi : voilà ce que plébiscitent les spectateurs "des hommes et des dieux". Voilà ce que 2000 ans d'histoire imprégnée de christianisme ont distillé dans le coeur des habitants d'une terre européenne tapissée d'abbayes cisterciennes.

 

Qu'il est doux de voir des hommes chanter les sentiments humains en faisant monter des psaumes le long des voûtes romanes.

 

Ce que plébiscite le long "chapelet" (sic) des spectateurs du film de Xavier Beauvois ce n'est pas la morale chrétienne ni le "dogmatisme de Rome" mais quelque chose de plus profond, de plus fin, et finalement de sous-jacent à la vie de ceux qui choisissent de mettre leurs pas dans ceux de Jésus-Christ : "l'art de vivre chrétien".

 

Car il existe bel et bien un art de vivre chrétien ! Ce n'est ni un fantasme de catholiques nostalgiques ni un gros mot. C'est un style et un mode de vie façonné par les habitudes, les automatismes et la quête de Dieu d'individus qui n'ont cessé de croire à l'alliance de "l'ora" et du "labora", de la prière et du travail.

L'art de vivre chrétien c'est aussi choisir d'activer l'option préférentielle pour les pauvres. C'est croire au plus profond de soi que le pauvre reflète ma pauvreté enfouie et qu'il tient en lui-même des choses grandes et cachées dont on ne sait rien mais dont on discerne la valeur dans la simplicité d'un regard, ou la fraîcheur d'un sourire venu d'ailleurs.

 

La relativité et la sacralisation du multiculturalisme dans nos sociétés modernes nous ont imposé une autocensure de fait. Nous n'avons pas le droit d'exprimer une préférence pour un mode de vie sous peine d'être catégorisé et rangé dans la case de l'intolérance et du repliement sur soi-même.

 

Qu'il est bon de voir un chrétien s'adressait à son frère musulman en citant un verset du Coran pour lui manifester du respect et de la fraternité.

 

Il y a quelques jours, un ami m'interpelait sur le fait qu'il sentait naître autour de lui une sorte d'engouement populaire pour les choses de Dieu. Il citait pêle-mêle le "tabac" des hommes et des dieux, le "carton" du CD des trois prêtres ou  encore le suprenant coup de coeur de la major de U2 et Lady Gaga pour les chants grégoriens des soeurs du Barroux.

Il n'a pas tort... les yeux du coeur le diraient mieux que ces pauvres mots, mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir se réveiller comme un rêveur sort de sa torpeur la question du choix de civilisation, la question métaphysique planant comme une ombre au mileu de nos groupes d'amis, nos familles, nos communautés de travail, au bureau et dans nos associations.

 

Le succès du film des martyrs de Tibhirine tient certainement aussi au fait que l'on peut librement se réjouir et tranquillement s'enthousiasmer pour l'art de vivre de ces chercheurs de Dieu admirés avec bienveillance par un peuple algérien et musulman qui estampille en nos consciences le cachet de l'ouverture et de la tolérance.

C'est peut être triste et révélateur d'un certain manque de liberté mais c'est comme ça : 1500 d'histoire ont usé les français des guerres fratricides sur leur territoire, ils cherchent le consensus et l'approbation dans le regard de l'autre. Ils sont las des affrontements religieux.

 

L'autre aujourd'hui, c'est le musulman. On ne le connaît pas bien. On veut le respecter, on veut qu'il jouisse de notre liberté mais on ne sait pas comment lui proposer.

Pendant des années on a tout simplement rien proposer. On a baissé les yeux, regardé nos pompes et laissé l'étranger vivre chez nous comme il voulait. Mais ceci n'est pas de la charité, c'est de l'indifférence. Peut être le pire des comportements humains.

 

Dans quelle société voulons-nous vivre ? La prise de conscience progressive par les peuples européens et ses gouvernants de l'échec de la politique naïve pour l'instauration d'une société multiculturelle sans autre fondement que le respect de chaque culture est une belle nouvelle.

 

Une bonne nouvelle accompagnée samedi dernier par les petites notes d'espérance d'un reportage sur l'oeuvre réalisée par le père Pedro à Madagascar pour sortir des milliers de personnes de la décharge de Tananarive.

Ce documentaire introduit par Claire Chazal sur TF1 est un magnifique hymne de sortie de crise.

 

enfants-d-akamasoa.jpgFustigeant les "experts d'Europe et quelques fois des Nations Unies" qui arrivent avec des projets compliqués, le père Pedro encourage les initiatives qui visent à s'adapter à la réalité : marcher, souffrir, être avec ceux qu'on aide, pour sortir ensemble la tête de l'eau.

C'est ainsi que son association a créée 17 villages et permet à ce jour à 10 000 élèves d'étudier dans des écoles de proximité.

 

Rien ne vaut dans la vie la relation de visage à visage.

 

Aucun sommet ni séminaire internationaux ne pourront nous apprendre à vivre. Aucune leçon d'écologiste bourgeois-bohème ne pourra nous sensibiliser véritablement à la protection de notre environnement.

 

Mais peut être que nos collégiens pourraient s'inspirer du modèle de leurs frères et soeurs malgaches en plantant un arbre sur un coin de terre de France. En le regardant pousser il leur sera peut être donné de voir des choses grandes et cachées...

Ils répondraient en tout cas au désir de la petite Boula qui s'émerveille aujourd'hui devant son petit eucalyptus âgé de quinze ans tout en s'adressant avec émotion au monde entier : "J'aimerais que tous les enfants puissent faire ça".

 

Terre de France, les larmes des enfants du monde entier t'invitent à faire grandir les trésors que tu renfermes, à cultiver les coeurs des hommes que tu accueilles.

 

V.V.

 

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